Texte écrit dans la chambre de l'hôtel et fini à Montpellier, la ville où les junkies ne se couchent jamais (en référence à la campagne de pub de notre chère maire: Montpellier, la vile où le soleil ne se couche jamais!... Et bizarrement, les bars ferment à 1 heure du mat'... T_T! Les fonctionnaires de la mairie ne doivent pas connaître le terme "publicité mensongère"...)
Deux jours à Lyon
Première journée à Lyon. La languissante a rentré ses griffes. L'ambiance des rues passantes et des parcs me rappellent Montpellier. Je lis le journal dans le tramway: pas de grand dépaysement. Étrange cette impression d'être chez moi. Lyon m'aurait-elle déjà apprivoisé? Le fauve serait venu à bout de la dompteuse...
Fascination devant « le Printemps » de Monet exposé aux Beaux-Arts. Le vent dans les branches rachitiques aux feuilles tendres... comme si j'étais amoureuse. Impressionnistes lyonnais. La famille Chausson observe les visiteurs derrière une buée mélancolique. Rencontre avec des fantômes.
Les clochards nous saluaient. À leurs pieds, un chat aux yeux mi-clos, surveillait la pauvreté. Le pont rouge vibre sous nos pas. Le fleuve glisse, indifférent aux passants. Lyon s'arrête: feu rouge. L'homme d'absinthe s'illumine: les félins traversent la rue en groupe. Une pensée pour la Comédie où le tramway fait cesser les discussions. Après son passage, les âmes se réveillent.
Rue du président Herriot. Longue file d'attente devant le cinéma. Les grandes marques côtoient les nouveaux créateurs. La vie semble mélancolique et décadente. Je n'ai pas pris mes cigarettes pourtant l'ambiance s'y prête bien.
Quai des Célestins. Les anges du théâtre replient leurs ailes de pierre sous la légèreté des oiseaux. Les bateaux se déshabillent sous le regard approbateur des passants alanguis. Le fleuve ivre fait rouler ses jupons sous leur ventre.
De nombreuses fontaines, insolentes mutines, sous prétexte du vent, nous jettent des perles liquides. Un mur peint nous offre ses couleurs, non loin du Palais de Justice. Des livres géants s'entassent sur le rebords des fenêtre. Un chat fait glisser sa patte sur les lignes lettrées.
Quartier de Fourvière. Contraste avec l'effervescence du centre ville. Le vieux Lyon est paresseux. À l'heure où l'immense bus caresse ses murs, il dort encore à poings fermés. Le funiculaire qui nous conduit jusqu'à la basilique sent la campagne. Des images du Jura me reviennent.
À l'entrée du sanctuaire, un fauve guette. Les anges protecteurs serrent un peu plus fort le pommeau de leur épée. Aucune inquiétude. Je ne vais pas y entrer. Sur le toit, la ville est étendue devant nous comme une femme nue sur son lit. Des trous de lumière, jouets des nuages, étoilent par moment le mystère de la ville.
Montpellier me rassurait. Elle me protégeait depuis mon enfance et m'avait vu grandir. Elle était maître des mes premiers souffles décadents et avait lu avec patience mes premiers écrits.
Lyon, impétueuse languissante s'était offerte à moi sans rien attendre en retour. Mon âme est encore là-bas. Dans ses parcs où les vieux squattent les bancs de bois. Où les femmes savent se faire discrètes ou élégantes. Féline en liberté, j'ai posé le pieds sur leur territoire. Ni la peste, ni le choléra, ni les Prussiens n'avaient réussi à les dompter.
Lyon ne m'avait rien donné. Ni la vie, ni une famille, ni un toit... et j'adorais ça. Nous étions deux indépendantes qui s'étaient trouvées.
Lyon, trois fois sauvée
Y vivre ou y mourir
Onirique chimère languissante
N'a pas griffé la décadente
( 30 et 31 août 2007)